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Publié par E.L.

  (Un nouveau cri tout aussi sonore et enthousiaste se fit entendre. Cette fois, les deux mains de Gallard étaient dans l'air et on le voyait appeler au silence. Il était évident que la clameur s'accompagnait d'une volonté d'agir. )

     Je sentais cette énergie et cette vivacité bienfaisante. Je me sentais fort et courageux, parce que nous étions nombreux à vouloir la même chose, à vouloir aller dans le même sens. Je sentais que l'on pouvait faire changer les choses, les améliorer.

« Alors, Camarades ! Si vous êtes prêts, faisons-nous entendre ! Nous laissons pas faire ! Défendons nos droits et refusons le travail ! »

     Un nouveau cri. Encore plus fort ! Plus violent. Accompagné de poings levés et d'applaudissements.

« Tenons bon. Vive la République ! »

     Gallard, reçut une ovation, un vrai triomphe. Souriant, il vint s'asseoir parmi nous.

 

*****

 

     Et nous tînmes bon. Nous décidâmes de ne pas reprendre le travail, pendant les douze minutes que M. Brassu nous avait pris sur la récréation.

     Il faut dire qu’il était coutumier du fait et qu’il nous laissait toujours sortir de la classe en retard. Alors cette fois, nous étions bien décidés à ne pas nous laisser faire et nous refusâmes de nous ranger lorsque la cloche sonna. Nous attendîmes douze minutes, puis sous le regard médusé de M. Brassu impuissant à réagir face à cette fronde, nous nous levâmes et nous allâmes, tous les trente-quatre ensemble, nous placer derrière Lebrillet, Fridou et Cadon qui attendaient debout, depuis douze minutes, sur la ligne destinée à la rangée des CM2.

     M. Brassu ne nous a plus gardés à la récréation. Parce que les horaires, c'est les horaires !

     Vive la République !

© Eleonore Louvieux.