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Publié par Éléonore Louvieux

Ma première grève.

 

     Le Jeannot était devant nous. Planté sur ses deux pieds, les poings sur les hanches, il nous regardait tous, survolant du regard le groupe que nous formions. On entendait les murmures de mécontentement qui s'élevaient et il était visible que nous n'étions pas prêts à reprendre le travail.

     Tout à coup, comme si nous avions tous compris ce que voulait Gallard, le Jeannot, tout le monde trouva sa place : certains s'assirent par terre, d'autres se glissèrent sur les bancs qui entouraient la place. La détermination se lisait sur tous les visages.

     Bien sûr, trois « jaunes », s'étaient écartés. Ils ne voulaient pas être associés aux récalcitrants et ne voulaient pas soutenir nos revendications. Il en faut toujours un ou deux, pensais-je… Cette fois, ils étaient trois. Ils regardaient de côté la masse des mécontents et faisaient tout leur possible pour ne pas se faire remarquer.

     Gallard, voyant que nous l'encouragions en silence, finit par prendre la parole. Sa main droite quitta sa hanche, le poing s'ouvrit et l'index pointa le ciel en même temps que retentissait un sonore :

« Camarades ! »

     Le silence complet se fit. Tous les yeux étaient braqués sur lui.

     Encouragé par cette attention qu'il venait de gagner, il reprit :

« Camarades !

Nous sommes dans une période agitée. »

     C'était vrai. Nous étions en 1947. Ceux qui s'en souviennent savent que plusieurs grèves avaient éclaté : Renault, Citroën et la SNCF étaient déjà touchés par des mouvements sociaux dus au mécontentement profond des travailleurs. Les revendications étaient simples et malheureusement trop banales : meilleures conditions de travail et hausse des salaires. On sentait bien que, dans les classes populaires, les langues se déliaient et que les gens osaient de plus en plus dire à haute voix leur colère. Cette fois, c'était nous qui étions concernés.

(A suivre)    

© Éléonore Louvieux.

 

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