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Publié par E.L.

            Il était si tendre, si sensuel. Elle savait qu’en rentrant le soir, après sa journée de travail, harassée et bien souvent légèrement déprimée, elle trouverait auprès de lui du réconfort. Elle s’allongeait sur le canapé, confortablement et il venait tout de suite la retrouver. Elle n’avait pas besoin de parler, il savait de quoi elle avait envie. Il s’installait à côté d’elle, tout contre elle. Parfois, il ne savait pas trop quelle position prendre. Mais il était toujours attentif ; même attentionné, pensait-elle. Il était calme, doux ; c’était si bon. La nuit, elle ne pouvait plus dormir quand il n’était pas avec elle. Elle avait hésité à le laisser s’installer comme ça chez elle, mais il fallait franchir le cap et cesser de tergiverser sur tout, s’était-elle dit. Alors elle était allée de l’avant et lui avait ouvert en grand les portes de son appartement. Depuis, elle ne l’avait jamais regretté.

            Ses amies et collègues lui avaient dit, à plusieurs reprises, qu’elle avait eu tort. Elle avait à chaque fois essayé de les convaincre qu’elles se trompaient sur son compte. Malgré tout, il avait fait le vide autour d’elle, Francis. Elle voyait bien que depuis qu’il vivait avec elle, plus personne ne venait la voir. Les quelques invitations qu’elle avait faites, depuis son arrivée, avaient toutes été refusées. Eh bien tant pis ! Elle avait fait son choix et Francis passait avant tous les autres. Ces autres qui ne lui avaient jamais accordé le quart de l’attention que lui, lui portait. C’était agréable de se sentir aimée. Oui, elle n’avait pas peur d’utiliser ce mot. C’était comme cela qu’elle voyait leur relation. Il savait se lover contre elle et jamais ne faisait montre d’une quelconque mauvaise humeur. Elle n’aurait pas pu en dire autant des précédents.

 

            Un jour, Amélie ne se montra pas au travail. On appela chez elle mais elle ne répondit pas. Elle ne donna pas de ses nouvelles de toute la journée. Le lendemain, la situation fut la même : pas d’Amélie à l’horizon. Le chef de service en parla avec Chloé, sa collègue la plus « proche » et lui demanda de se rendre chez elle. Amélie n’avait jamais eu une seule journée d’absence. Ce n’était pas normal qu’elle ne vienne pas pendant deux jours sans téléphoner. Chloé refusa d’y aller, arguant du fait qu’elle n’avait aucune envie de se retrouver face à « son » Francis. Elle l’avait prévenue que s’il s’installait chez elle, elle n’y mettrait plus les pieds et elle tiendrait parole.

            Le chef de service hocha la tête sans répondre. Il comprenait au fond. Il décida de prévenir la mère d’Amélie si le lendemain, elle était à nouveau absente.

            Et c’est ce qu’il fit car d’Amélie, le lendemain, toujours point ! Sa mère lui répondit qu’elle n’avait pas de nouvelles non plus depuis trois jours. Elle s’inquiétait de la situation ; c’était la première fois qu’Amélie ne lui donnait pas de nouvelles plusieurs jours de suite. Elle avait l’habitude de l’appeler tous les jours. Or, non seulement n’avait-elle pas appelé, mais elle ne répondait pas non plus au téléphone. Sa mère était décidée à venir mais elle habitait à Toulouse et il lui fallait compter presque toute une journée pour arriver à Lille. Elle demanda donc au chef de service de sa fille s’il pouvait au moins aller sur place se rendre compte. Elle n’avait pas confiance en ce Francis que sa fille hébergeait et dont elle n’avait rien voulu lui dire si ce n’est le nom. Elle essayait depuis plusieurs semaines d’en savoir plus mais Amélie ne voulait rien dire si ce n’est qu’elle était heureuse et qu’elle ne voulait pas la voir débarquer chez elle pour l’instant ; c’était trop tôt.

            Amélie habitait dans le centre de Lille, à quelques minutes à pied de son lieu de travail. Ce n’était donc pas difficile de s’y rendre. Devant la porte, le chef de service écouta si un bruit se faisait entendre à l’intérieur. Rien. Il frappa plusieurs fois, sonna et sonna à nouveau. Aucune réponse.

            Il vit dans le couloir d’entrée de l’immeuble que la boîte aux lettres d’Amélie débordait de prospectus. Elle n’était pourtant pas partie comme ça, sans rien dire à personne… avec Francis ? Après une légère hésitation, il se décida quand même à appeler les pompiers. Il leur expliqua la situation, leur parla de Francis. Les pompiers arrivèrent assez vite sur le lieux et enfoncèrent la porte.

 

            Dans l’appartement, ils trouvèrent le corps sans vie d’Amélie ; elle était allongée sur le canapé, là où elle se faisait en général câliner par Francis. Francis, lui, était dans un coin de la pièce, recroquevillé sur lui-même. On ne voyait même pas ses yeux.

            Heureusement, les pompiers avaient été prévenus et se tenaient prêts à s’occuper de lui.

 

 

 

 

« - Encore une dingue ! Les gens ne savent vraiment plus quoi inventer ! Quel plaisir peut-on avoir à vivre avec un python !  Enfin, celle-là, elle l’a payé cher. » s’exclamait un des pompiers, alors qu’ils sortaient de l’appartement, Francis dans un sac et Amélie sous une couverture.

 

© Eleonore Louvieux

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