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Publié par E.L.

IV

          Quand elle s’éveilla, elle était dans une chambre d’hôpital, seule. La chambre était vide et elle n’entendait aucun bruit. Combien de temps resta-t-elle ainsi sans bouger à essayer de comprendre ce qu’elle faisait là ?

          Une infirmière entra enfin. Elle la regarda attentivement et prit conscience qu’elle était éveillée. Elle s’approcha d’elle et lui prit le pouls. Puis, elle lui demanda comment elle se sentait, si elle éprouvait des douleurs, des difficultés à respirer… Coumba fit signe que non et demanda où elle était.

« Vous avez eu de la chance lui répondit l’infirmière. C’est le facteur qui vous a trouvée. Il a appelé le SAMU dès qu’il vous a vue. On a pu vous faire un lavage d’estomac à temps. C’était moins une ! Vraiment vous avez eu de la chance ! »

Coumba aurait pu répondre que dans sa situation, c’était précisément l’inverse, mais elle ne dit rien et se contenta de tourner la tête de l’autre côté.

            Elle apprit par la suite ce qui s’était passé : le facteur était venu jusque chez elle pour un recommandé. Surpris de ne trouver personne, il mit l’oreille à la porte pour entendre si quelqu’un bougeait à l’intérieur. Comme il n’y avait pas de sonnette, il était possible que Coumba ne l’ait pas entendu frapper. A ce moment là, il sentit une légère odeur de gaz, la porte de la cuisine n’était pas fermée et se trouvait juste à côté de la porte d’entrée. Il hésita mais jeta un coup d’œil dans la cuisine. Il la vit couchée par terre et comprit ce qui se passait en voyant la gazinière ouverte. Il avait appelé les pompiers et expliqué la situation… Elle recevait peut-être un recommandé par an et il avait fallu qu’il arrive ce jour-là. Le jour qui devait être son jour de chance ! On l’avait emmenée aux urgences et elle avait eu un lavage d’estomac. Elle était restée inconsciente deux jours, sans que les médecins ne puissent vraiment se prononcer sur son cas.

            Heureusement, comme le lui dit la psychologue de l’hôpital : « tout allait bien désormais ! » Elle n’avait, à nouveau, pas répondu. Il n’y avait rien à répondre à quelqu’un qui essayait d’avoir un avis sur son existence alors qu’elle ne la connaissait pas et ne la connaîtrait jamais. Elle fut transférée dans un autre service, psychiatrique, assez rapidement. Elle dut à nouveau expliquer la raison de son geste, mais elle ne voyait pas ce qu’il y avait à expliquer. Elle avait fait ce qu’elle devait faire, c’était tout. Elle prit néanmoins la peine de raconter : son adolescence, ses parents, l’accident, ses amis inexistants, son métier sans intérêt. On voulait la faire parler du traumatisme de son adoption mais elle ne pouvait pas parler de quelque chose qu’elle n’avait pas connu.

            Quelques jours avant sa sortie, la psychologue lui demanda si elle voulait recommencer son geste. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle ne savait pas trop. Son premier essai avait été pour le moins raté. Aurait-elle le courage de recommencer ? Elle ne pouvait pas répondre franchement alors elle mentit et dit que non, qu’elle avait compris la leçon. La psychologue hocha la tête sans répondre. Au fond, elle avait très envie de recommencer mais elle ne savait pas si elle le ferait. Elle n’avait pas envie de rater à nouveau.

 

 

V

 

            Le papier était toujours entre ses mains. Cela faisait cinq mois qu’elle avait raté son suicide ; cela faisait trois mois et demi qu’elle était revenue chez elle. Elle devait reprendre son travail le mois suivant. Tout avait repris son cours ; elle ne sortait pas plus – presque moins qu’avant si c’était possible ! –

          Deux jours avant de reprendre son travail, elle retourna voir son médecin. Il l’ausculta, l’envoya subir quelques examens. Elle ne devait avoir les résultats qu’après une bonne semaine. Elle reprit le chemin du bureau le cœur un peu plus léger. Un espoir était né. Peut-être qu’enfin, elle aurait une bonne nouvelle ! peut-être qu’elle allait avoir un peu de chance.

 

 

            La bonne nouvelle se trouvait là, entre ses doigts. Elle pleurait de soulagement. Heureuse comme elle ne l’avait pas été depuis sa réussite au CAP. Le document était clair : la tumeur était maligne. Il fallait en faire l’ablation au plus vite.

Mais elle ne l’enlèverait pas. Cette tumeur c’était sa chance à elle. Son signe du destin. Enfin !

 

(fin)

 

© Eleonore Louvieux

 

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