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Publié par Éléonore Louvieux

I - La décision

 

 

          Elle avait fini par se laisser convaincre par Noémie et Nathalie, car les deux « N » lui avaient dit qu’il le fallait. Il fallait qu’elle accepte de participer à un rendez-vous avec quelqu’un qu’elle ne connaissait pas mais qu’elle aurait l’occasion de connaître mieux après… La sœur de Noémie avait quelqu’un à lui faire rencontrer ; c’était l’occasion ou jamais. Elle allait avoir quarante-trois ans et cela faisait au moins six mois que Christian était parti – plus précisément, qu’elle l’avait jeté, avec ses affaires, sur le palier de son appartement -. Il était temps qu’elle tourne la page et qu’elle pense à autre chose. Ou, pour être plus précis, à quelqu’un d’autre ! Cette décision avait finalement été prise au terme d’une soirée très animée qu’elles avaient passée toutes les trois chez Nathalie. Quand Noémie avait lancé le sujet, Cerise avait bondi :

« - Ah non, on ne va pas encore parler de la gente masculine. Ça va ! on a passé une bonne soirée, inutile d’aborder les sujets qui fâchent…

- Mais je ne vois pas en quoi le sujet est fâcheux.

- Tu sais très bien qu’à chaque fois, on en arrive à la même conclusion. Donc, inutile de la formuler une fois de plus.

- D’accord ; je ne dis pas que c’est nécessaire, mais reconnais quand même que c’est plus sympa d’être avec quelqu’un, affirma Nathalie.

- Sois sérieuse ; tu parles pour toi ? tu appelles « être avec quelqu’un » partager deux jours par mois en moyenne avec un type qui travaille au Japon ?

- Là, tu pousses. Il vient une semaine tous les deux mois !

- Ce qui fait trois jours et demi par mois… En effet, je pousse ! Ça change tout ! »

Nathalie se tut et se renfrogna.

« - Et toi, continua Cerise en s’adressant à Noémie car elle était bien décidée à aller jusqu’au bout de son idée, tu appelles « être avec quelqu’un » grappiller quelques minutes par jour à un type qui vit une histoire d’amour sans fin avec son Ipad ?

- Je te signale quand même qu’on vit ensemble depuis trois mois, ce qui nous permet de partager pas mal de choses…

- Vous partagez le même lit et il mange à la même table que toi, quand le repas est prêt. C’est ça, ta définition de vivre ensemble ? Mais pour ce qui est de partager pas « mal de choses » je voudrais bien que tu m’éclaires. Il ne veut jamais sortir, ni au cinéma, ni au restaurant. Les vacances vous les passez chez sa mère ou chez la tienne. Vous êtes partis une fois chez un couple de ses amis en Alsace - tu parles d’une virée ! - et en plus, cela a failli tourner au drame parce qu’à cause d’une tempête il n’y avait plus de connexion Internet et que ça l’a complètement retourné… »

A son tour, Noémie pinça les lèvres et ne répondit pas, un tantinet vexée.

« - Je n’ai pas envie qu’on s’embrouille à nouveau, mais évitez de vous mêler de ma vie et de la juger et je ne parlerai pas de la vôtre… Et on pourra continuer de discuter de sujets plus agréables. Continuons de refaire le monde. Au moins, pendant ce temps-là, on ne se dispute pas. »

            Les deux « N » opinèrent du chef, reconnurent qu’elle avait raison et Noémie lança la conversation sur les nouvelles lubies de son frère.  Cela dura quelques minutes, mais Nathalie revint à la charge au moment du café.

« - N’empêche, ce n’est pas une raison pour oublier de rencontrer des gens…

- Tu recommences sur ce sujet ? sérieusement ?

- Ce n’est pas parce que notre situation ne te semble pas enviable ou souhaitable que tu es obligée de vivre la même chose.

- Alors, disons pour changer que ça « se fera » quand ça « devra se faire ».

- Tu crois vraiment un truc pareil ?

- A question stupide, réponse…

- Je ne relèverai pas… mais sache quand même que nous avons toutes les deux un peu forcé la main du destin.

- Ça valait le coup… (Nathalie fit mine de ne pas entendre)

- Noémie est allée directement s’installer chez Stéphane et moi, je n’ai pas laissé filer Akitsuna quand je l’ai rencontré !

- Pas laissé filer ?… Il est Japonais et il vit à Yokohama. Il ne vient en France qu’une semaine tous les deux mois au mieux – ce qui fait je te l’accorde trois jours et demi par mois en moyenne – et tu appelles cela « ne pas laisser filer » ?

- C’est temporaire. Dès qu’il le pourra, qu’il en aura l’occasion, il viendra travailler en France ?

- Ben voyons… ou tu iras t’installer au Japon… Tu as intérêt de commencer l'apprentissage du japonais car je pense que tu as plus de chances de vivre avec lui si tu vas t’installer là-bas.

- Alors ça certainement pas ! Je ne comprends rien à ce qu’ils racontent et tous mes amis, ma famille, ma vie… tout est ici !

- Ce qu’il ne manquera pas de comprendre sans difficultés puisque ce n’est pas du tout la même chose pour lui, non ?

- Rigole, rigole… n’empêche que comme je te l’ai dit, cela ne te ferait pas de mal de rencontrer quelqu’un et il ne faut pas attendre que cela te tombe dessus.

- Dommage, dis comme cela, ça fait tellement romantique. »

 

 

 

 

(à suivre)

 

© Éléonore Louvieux

 

 

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