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Publié par Éléonore Louvieux

            Le combiné lui glissa des mains. Elle avait du mal à retomber sur terre tant le coup qu’elle venait de recevoir l’avait mise au tapis. Fabrice s’approcha d’elle :

« - Maman !… ça va ?

- …

- Maman ! »

Il lui prit le bras vivement. Ce contact la surprit et elle chancela. Sa main, instinctivement prit appui au mur, ce qui lui évita de tomber. Fabrice appela sa sœur et lui demanda d’apporter une chaise :

« - Maman ne va pas bien. Elle fait un malaise. »

Sa mère murmura alors un « non, non » à peine audible. Fabrice attrapa le combiné du téléphone pour appeler les pompiers. Sa mère qui venait de s’asseoir sur la chaise présentée par Samantha lui souffla de n’en rien faire.

« - Mais tu vois bien que tu n’es pas bien. Tu ne peux pas rester comme cela. Il vaut mieux que je les appelle.

- Non, je t’assure. Ça va mieux, ça va mieux… »

            Elle essaya d’abord d’esquisser un sourire mais la tentative fut ratée, complètement. Malgré tout, il reposa le combiné et, dubitatif, demanda :

« - Tu es certaine que ça va mieux ? Tu es vraiment très blanche… »

            Entourée de ses deux enfants, elle retrouva ses esprits, assez pour se demander si elle devait leur dire la vérité tout de suite ou attendre un peu. Le mieux serait de tout leur dire maintenant, mais en aurait-elle la force ? parce qu’il lui en faudrait pour aller jusqu’au bout.

            Mais plus elle attendrait et plus ce serait difficile de les regarder. Ils n’étaient plus des enfants, ni même des adolescents : ils verraient bien qu’elle leur cachait quelque chose, ils sentiraient que quelque chose n’allaient pas. Elle se leva, doucement et en hésitant, retourna dans le salon. Là, elle se choisit un coin du canapé et elle demanda à ses deux enfants de s’asseoir près d’elle. Elle avait quelque chose à leur dire et cela risquait de prendre un peu de temps. Les deux jeunes se regardèrent et obéirent en silence.

Samantha avait presque vingt et un ans, son frère avait deux ans de moins. Ils avaient beau être des adultes désormais, elle se doutait que ce qu’elle allait leur annoncer ne les laisserait pas de marbre.

« - Voilà… Ce coup de fil, c’était ma sœur.

- Ta sœur ! »

Le chœur avait été spontané.

« - Mais tu nous as toujours dit que tu n’avais aucune famille vivante… que tu étais fille unique et que tes parents étaient morts dans un accident de train en 1974.

- C’était vrai, pour l’accident. Mes parents sont vraiment morts en 74, dans cet accident ; je n’ai pas menti sur ce point. Mais je ne suis pas fille unique. J’ai une sœur, un peu plus âgée, qui a trois ans de plus que moi. Et qui s’appelle Paule. »

            Elle fit une pause. Ça y était ; la première partie était annoncée. Le plus dur était à venir mais la machine était lancée et il fallait poursuivre ; elle ne pouvait plus reculer.

« - Vous vous êtes disputées  ? demanda Samantha. C’est pour cela que tu ne nous as jamais parlé d’elle ?

- Non, nous ne sommes pas fâchées. Nous ne nous voyons plus, c’est tout.

- Pourquoi ? Elle habite loin ?

- Pas très.

- Alors pourquoi ? Il faut quand même une raison pour ne plus se parler comme ça. Je suis née depuis vingt et un ans et pendant tout ce temps, je t’ai crue toute seule, sans famille, à part papa. Enfin, si on peut dire… il n’a pas de famille lui-même et il n’est jamais là. Ou presque.

- Ce n’est pas le moment de recommencer avec ça ; justement… »

            Des sanglots lui montaient dans la gorge et l’empêchèrent de continuer. Elle savait ce que Samantha allait dire et c’était bien la dernière chose qu’elle souhaitait entendre à ce moment-là.

 

 

(à suivre)

 

© Éléonore Louvieux

 

 

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