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Publié par Éléonore Louvieux

          J’ai réussi à faire traîner la décision finale du divorce. C’est la seule chose qui m’a fait du bien, pendant ces années. J’ai pu faire attendre, repousser le jugement définitif et cela les a obligés à repousser la date de leur mariage. Pourtant, ils avaient calculé large, mais pas encore assez. Ils avaient prévu de se marier pour son anniversaire, pour ses cinquante ans mais ils ont été obligés d’annuler ce qu’ils avaient prévu : le voyage, la cérémonie…

          Cela m’a éloigné un peu plus de Yohan et d’Elise. Ils m’ont accusé d’être aigri et égoïste. Egoïste ! Ils ne se souciaient plus de mon sort depuis des années. J’avais dû accepter le rôle du boulet, le rôle de celui que l’on va voir ou que l’on appelle par obligation, par souci des conventions et c’est moi qui étais un égoïste !

          La dernière fois qu’Elise m’a fait cette remarque, elle était venue me voir avec Tristan, son aîné. Il venait de fêter ses trois ans et tenait dans la main un jouet : une réplique miniature d’une Mercedes. Je devinais de qui venait le jouet. Pour ma part, j’avais décidé pour la première fois de ne rien acheter. Je n’avais pas été invité à la fête d’anniversaire comme d’habitude mais, toujours comme d’habitude, on venait me voir le lendemain au cas où j’aurais pensé à acheter quelque chose…

          Quand elle a compris que je n’avais rien acheté, elle s’est montrée un peu moins souriante et elle m’a parlé du divorce. Pendant que Tristan s’occupait dans un coin avec son jouet, elle m’a accusé, une fois de plus, de ne penser qu’à moi, de ne pas avoir su tourner la page, d’être égoïste ! Je n’ai pas pu me retenir et lui ai dit que la page, de mon côté était tournée depuis longtemps, et que je me devais bien d’être égoïste et de penser à moi puisqu’il n’y avait personne d’autre pour y penser ; étant donné que son frère et elle avaient pris leurs distances depuis très longtemps et ne pensaient à moi qu’occasionnellement (j’insistais sur le mot), je ne vois pas pourquoi j’aurais pensé aux autres plus qu’ils ne pensaient à moi.

          Elle a pincé les lèvres et s’est renfrognée. Rapidement, elle est partie. Depuis, la situation n’a pas changé, au contraire, mais au moins, ni l’un ni l’autre ne s’avisent plus de me faire la leçon. C’est déjà cela.


 

          J’ai vu mes enfants finir de s’éloigner et mes petits-enfants me connaissent à peine, n’ayant jamais eu l’occasion de venir me voir plus d’une demi-journée. Pourtant, je me suis installé dans une maison assez grande pour accueillir tout le monde en même temps. Mais il paraît que c’est plus pratique de réunir toute la famille dans leur maison de L***. C’est plus pratique. C’est plus cossu. C’est plus chic… Je ne peux pas dire que je suis déçu. Ce serait mentir. Je savais avant même de m’installer dans cette maison que je ne les verrai jamais ou presque.

          J’ai accepté la situation depuis, mais je ne pardonnerai jamais. Non pas à Elizabeth et à ce petit con de Laurent. Après tout, je reconnais que vivre sans elle n’a pas été difficile au contraire. J’ai repris goût à la liberté et si lui se plaît à écouter ses discours pompeux et fabriqués, grand bien lui fasse. Cela ne fait que prouver que j’avais raison sur son compte. Eux, vraiment, je ne leur en veux plus, parce que je les ai rayés de ma vie sans mal. Non, c’est à Yohan et Elise que je ne pardonnerai jamais. Ils ont choisi de me mettre à l’écart, de « divorcer » d’avec moi ; ils m’ont privé du rôle de père puis de celui de grand-père de leur propre chef, sans y être obligés. Ils l’ont fait par facilité, par lâcheté et par ambition.

          Et en les voyant là, souriant exagérément, derrière Elizabeth et Laurent, dans l’ombre, se faisant applaudir comme si une partie de cette réussite leur revenait, j’ai compris que j’avais vraiment tout perdu de cette partie-là de ma vie. Et ça, je ne le leur pardonnerai jamais.

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